Derrière le rideau du CFP, comment les talks de Sunny Tech sont choisis

17 avril 2026

Chaque année, quand le programme de Sunny Tech est publié, les réactions fusent. Certains sont ravis, d’autres déçus. Certains speakers sont sélectionnés, d’autres non. Et inévitablement, les questions arrivent : “Pourquoi ce sujet plutôt que celui-là ?”, “Encore les mêmes têtes ?”

Il nous a semblé utile d’ouvrir la boîte noire et d’expliquer concrètement comment fonctionne notre processus de sélection, ses forces, ses limites, et oui, ses biais assumés.


Le CFP en chiffres

Avant toute chose, quelques chiffres pour donner l’échelle du chantier :

AnnéePropositionsSpeakersReviewers
202633225815
202534424716
202436626617

Chaque année, c’est donc plus de 300 propositions à lire, noter et débattre pour aboutir à environ 60 créneaux dans le programme final. Autant dire que le ratio est brutal : moins d’1 proposition sur 5 est retenue. En 2026, ce sont 15 reviewers qui ont pris en charge l’intégralité des soumissions.


Qui décide ?

La sélection est assurée par un sous-groupe dédié, distinct de l’ensemble des membres de Sunny Tech. Ce comité peut inclure des membres extérieurs à l’association. Ce n’est pas un vote démocratique ouvert à tous, c’est un groupe resserré, capable de s’engager sur la durée et sur l’ensemble des propositions.

Lors de la constitution de l’équipe de reviewers, nous essayons activement d’identifier les profils manquants, une spécialité sous-représentée, un secteur absent, une perspective qu’on n’aurait pas autrement, d’inviter des personnes qui peuvent combler ces angles morts. L’objectif est d’élargir le spectre des points de vue pour que le comité soit le moins homogène possible.

Mais soyons lucides : malgré ces efforts, nous n’arriverons jamais à un équilibre parfaitement représentatif de l’industrie dans sa globalité. Le comité restera toujours un groupe humain, avec ses propres expériences et ses propres angles morts.


Le calendrier

Le processus suit un rythme annuel bien rodé :

  • Début décembre : ouverture du CFP
  • Fin février : fermeture du CFP
  • Mi-mars : délibérations et sélection finale

Entre la fermeture et la sélection, les reviewers ont quelques semaines pour finir de noter toutes les propositions selon un barème commun. Chaque reviewer doit avoir évalué l’ensemble des soumissions avant les délibérations (pas de notation partielle).


Comment se passent les délibérations ?

Une fois toutes les propositions notées, place aux débats. Et tout se joue en une seule soirée. Le processus est structuré par catégorie et par format (Atelier, Quicky, Conférence — dans cet ordre). Au sein de chaque paire, les talks sont classés par moyenne de notes, puis les discussions s’engagent.

Ces échanges portent sur des sujets concrets : l’équilibre global du programme, les collisions thématiques (deux talks trop proches), la diversité des profils speakers, la cohérence de l’agenda… Jusqu’à trouver un consensus. Puis on passe à la catégorie suivante.

C’est un processus long, parfois tendu, toujours humain et réalisé en une soirée.


Il n’y a pas de mauvais talk

C’est peut-être la chose la plus importante à comprendre sur notre processus : à de rares exceptions près, les talks refusés ne sont pas mauvais. Ils n’ont tout simplement pas été retenus.

Et le barème de notation que nous utilisons le dit clairement. Voici l’échelle officielle de Sunny Tech :

NoteSignification
VétoTalk écarté d’office. Nécessite obligatoirement un commentaire pour être valide
1Le talk ne semble pas intéressant
2Le talk m’intéresse
3Je regarderais le talk (en replay sinon)
4Je serais dans la salle le jour de l’événement
5Coup de cœur. Je serais dans la salle même si un autre talk noté 4 est sur le même créneau
Cœur uniqueDistinction exceptionnelle, distincte de la note 5 : la note absolue, réservée au talk qui vous touche vraiment, avec commentaire obligatoire

Quelques règles encadrent les notes hautes : les 5 sont limités à 1 par votant et par catégorie. En plus de cela, chaque votant dispose d’un Cœur unique, distinct de la note 5, pour signaler un seul talk comme favori absolu.

Ce barème ne mesure pas la qualité intrinsèque d’un talk. Il mesure l’envie personnelle de le voir, selon l’expérience, les centres d’intérêt et, oui, les biais de chaque reviewer. Un talk sur un sujet que personne dans le comité ne pratique peut obtenir un 2 non pas parce qu’il est mauvais, mais parce que personne n’est en mesure d’en évaluer la valeur pour le public.

C’est une notation subjective, assumée comme telle. Ce n’est pas un jugement sur la compétence du speaker, ni sur la pertinence du sujet dans l’absolu. C’est une projection collective de ce que le comité pense que son public voudra voir avec tout ce que ça implique de partiel et d’imparfait.


Les critiques qu’on entend souvent (et ce qu’on en pense)

“Il n’y a pas assez de sujets sur [ma techno préférée]”

Sunny Tech est une conférence généraliste. Son programme s’adresse à des développeurs, des PO, des UX designers, des étudiants… Avec 60 créneaux, couvrir l’ensemble des attentes est structurellement impossible. Des choix sont faits, en connaissance de cause.

“Les sujets ne sont pas assez pointus”

C’est un équilibre volontaire. Quelques talks avancés trouvent leur place dans le programme, mais l’objectif reste une conférence accessible au plus grand nombre y compris aux débutants et à ceux qui viennent d’autres spécialités. La profondeur ne peut pas être l’unique critère.

Il y a aussi un phénomène plus subtil : si vous êtes très avancé sur un sujet, c’est une force mais vous n’êtes peut-être pas nombreux à ce niveau. Et si le groupe de reviewers n’inclut pas de profils suffisamment proches de votre spécialité, un talk qui vous semble être une belle ouverture vers des concepts avancés peut ne pas être perçu comme tel. Non par manque d’intérêt, mais faute de la familiarité nécessaire pour en reconnaître la profondeur et la valeur. C’est une limite réelle de tout comité de sélection généraliste.

“On n’a pas de feedback quand on n’est pas retenu”

C’est une frustration légitime, et nous la comprenons. Mais plusieurs réalités rendent cela très difficile à mettre en place.

D’abord, le volume : avec plus de 300 propositions par édition, la phase de notation est déjà un investissement conséquent et tout le monde dans le comité est bénévole (lire ici : ils notent le soir, le week-end, durant leur temps personnel). Si chaque note devait s’accompagner d’une explication, le rythme deviendrait tout simplement insoutenable pour les reviewers.

Ensuite, la logistique : compiler et restituer les retours de 15 reviewers pour chaque proposition non retenue représente un chantier de coordination énorme, sans infrastructure dédiée pour le gérer proprement.

Et enfin, soyons honnêtes : il arrive que la réponse sincère soit simplement “Le sujet est bien, mais il était dans la moyenne des talks soumis cette année.” Pas de problème identifiable, pas d’axe d’amélioration évident, juste une compétition serrée et des créneaux limités. Un feedback vague ou creux serait-il vraiment utile ?

Cela dit, nous pouvons vous fournir les statistiques de votre talk ainsi que d’autres informations au cas par cas par e-mail.

“On voit toujours les mêmes speakers”

C’est sans doute la critique la plus légitime, et la plus complexe à traiter. La notation reste la base de la sélection, mais les speakers expérimentés savent rédiger des abstracts percutants, vendre leur sujet, et apporter des références rassurantes en cas de doute. Est-ce un biais ? Probablement. Est-ce entièrement évitable ? Pas facilement.


Un programme est le reflet de son comité

Soyons transparents : un programme de conférence n’est pas objectif. Il reflète les intérêts, les expériences et oui, les biais de ceux qui le construisent.

Vous avez remarqué qu’il y a presque toujours un talk Rust à Sunny Tech ? Ce n’est pas un hasard : une majorité des membres du comité CFP sont des développeurs qui apprécient ce langage, et ils sont naturellement plus sensibles aux propositions qui en traitent.

Ce n’est pas une faute. C’est une réalité qu’il faut nommer.


Vous voulez changer le programme ?

Il existe deux façons vraiment efficaces d’agir :

  1. Rejoindre le comité de sélection : participer à la notation et aux délibérations, c’est la voie directe pour influencer le programme.
  2. Organiser votre propre conférence/meetup : parce que parfois, la meilleure réponse à “ça manque de X” c’est de créer l’espace où X peut exister.

En conclusion

Sélectionner un programme via un CFP est un exercice difficile, imparfait, et profondément humain. Nous faisons des choix avec les propositions que nous recevons, le temps dont nous disposons, et les convictions que nous portons.

Si le programme ne correspond pas à vos attentes, nous le regrettons sincèrement. Mais les décisions prises collectivement, après délibération, ne seront pas remises en cause après coup.

Ce que vous pouvez faire en revanche, c’est nous rejoindre pour construire le programme de l’an prochain. La porte est ouverte.